Le programme

L'affiche 2008

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Présentation

Gérard Meudal,
Conseiller littéraire auprès du Centre national du livre pour cette édition 2008 des Belles étrangères

La littérature étrangère offre au lecteur de merveilleuses occasions de voyages et cette année le dépaysement qu’apportent les Belles Etrangères promet d’être plus riche et plus varié que jamais puisque les auteurs invités proviennent de dix pays différents, de la Corée au Canada, de la Pologne à l’Egypte, de la Turquie à la Nouvelle-Zélande, en passant par l’Albanie et le Guatemala, le Portugal et l’Autriche.

Plus encore, la présence de deux auteurs de chaque pays invité, l’un parrainant l’autre, permet d’entrevoir parfois des filiations ou des évolutions, des exigences communes même quand les centres d’intérêt diffèrent, de saisir quelque chose du mouvement vivant de la littérature. La rencontre entre deux voix singulières en provenance d’une même culture, d’une même langue, invite tantôt à souligner des liens de parenté tantôt des expressions divergentes. Hanna Krall et Mariusz Szczygiel sont parmi les plus éminents représentants du « reportage littéraire » cette forme d’appréhension de la réalité propre à la littérature polonaise, aussi éloignée de l’écriture documentaire que de l’autofiction. Enis Batur et Yigit Bener appartiennent à cette même génération d’écrivains turcs qui partage un goût marqué pour la littérature française et Yigit Bener est même l’auteur d’une traduction réputée impossible, celle du Voyage au bout de la nuit de Céline. Si Gamal Ghitany, dans la lignée de Naguib Mahfouz, donne la parole au peuple du Caire, c’est aux habitants du désert d’Assouan que Ahmed Abo Khnegar prête sa voix. Jenny Bornholdt et Gregory O’Brien, poètes originaires de Nouvelle-Zélande, ces « îles qui remuent », sont à l’écoute des bouleversements perpétuels d’un pays jeune en pleine mutation. Parfois, le contraste semble saisissant comme entre l’univers des romans de Lidia Jorge évoquant les guerres coloniales portugaises ou les paysages de l’Algarve et l’humour caustique que cultive Gonçalo M. Tavares. Le romancier guatémaltèque, Rodrigo Rey Rosa a choisi d’inviter un poète, Alan Mills, adepte des formes courtes qui décrivent le monde par éclats. Ko Un, dont l’œuvre considérable fait de lui un lauréat possible du prix Nobel de littérature, a invité le jeune Ch’ôn Myônggwan qui, par sa liberté de ton, s’affranchit résolument de l’ambiance sentimentale qui règne sur une certaine partie de la production littéraire coréenne. Joseph Winkler, dont les romans évoquent le silence oppressant des villages paysans de Carinthie, est accompagné de Rosemarie Poiarkov qui décrit avec humour et finesse le mal de vivre de ses jeunes héroïnes de Vienne. Le romancier albanais Fatos Kongoli, qui a refusé pendant les années de dictature de publier ses épopées poignantes de la réalité quotidienne, a choisi Agron Tufa, poète, romancier et traducteur du russe. Neil Bissoondath, né à Trinidad dans une famille originaire d’Inde et citoyen canadien, maître de cette « world fiction » qui tourne résolument le dos aux mirages de l’identité nationale, a invité Zoe Whitthall, poète vivant à Toronto et auteur d’un premier roman sur la jeunesse québécoise à l’époque du référendum sur l’indépendance.

Aussi éloignées que puissent paraître ces visions du monde reflétées par ce . « miroir que la littérature promène au long du chemin », elles nous invitent à la découverte passionnante de réalités étrangères, tellement différentes de la nôtre et, peut-être aussi, tellement semblables.